…et toujours les mêmes craintes sur l’emploi

Le forum économique mondial de Davos (janvier 2016) été placé par ses organisateurs sous le signe de la « quatrième révolution industrielle ». Ce concept exprime l’idée que le monde se trouverait  aux prémices d’un nouveau chamboulement majeur, après trois premières révolutions industrielles:

  • première révolution avec le développement de la machine à vapeur et la mécanisation à partir du XVIIIe siècle
  • seconde révolution avec l’électricité et l’automatisation au XXème siècle
  • troisième vague avec l’informatisation de la société à partir de la seconde moitié du XXe siècle

La nouvelle vague technologique qui s’annonce est un un vrai tsunami porté par le numérique et les avancées en matière d’intelligence artificielle, de nano et biotechnologies, impression 3D, internet des objets, robotique…

A chaque vague technologique ses inquiétudes sur l’emploi : le rapport Nora paru en 1978 sur l’informatisation à venir de la société posait déjà des questions sur l’avenir de l’emploi, et le parallèle avec les commentaires d’alors est saisissant :

François de Closets (TF1) sur le rapport Nora en 1978 :
« Grâce à ce mélange d’informatique et de télécommunications, la révolution de l’ordinateur va s’étendre. Le rapport Nora annonce la monnaie électronique,la poste électronique, un renforcement de l’automatisation dans la banque, le commerce, les assurances, l’administration, les services sociaux. Les problèmes soulevés sont immenses. Celui de l’emploi : les gains de productivité permettront d’économiser 30% de personnel dans la banque, la poste, les assurances, les services sociaux. Si l’on refuse cette course à la productivité, l’industrie française ne sera plus compétitive. »

Ces questions sur l’évolution du monde du travail reviennent avec une acuité encore plus forte aujourd’hui : une étude publiée par le World Economic Forum pour l’ouverture de Davos 2016 (The future of jobs) souligne que près de 5 millions d’emplois sont menacés dans les pays développés d’ici 2020 (2 millions d’emplois nouveaux crées, 7 millions d’emplois détruits). Des chiffres qui donnent le vertige, notamment à des pays comme la France qui connaissent déjà un chômage important et qui se bloquent sur les réformes à apporter au marché du travail.

Le XXème siècle a remplacé les hommes aux champs puis à l’usine par des machines, et les a rendus plus productifs au bureau. Notre siècle risque de faire disparaître de nombreux emplois dans le tertiaire, avec des tâches pouvant être de plus en plus souvent effectuées par une intelligence artificielle.

Déjà des machines savent écrire des articles de journaux, poser un diagnostic médical, donner des conseils financiers… Ce qui n’est pas sans poser de nombreuses interrogations sur les dérives et risques possibles d’un tel mouvement. Quand on sait par exemple que les machines règnent déjà sur les marchés financiers avec plus de 400 millions d’opérations par seconde, sans intervention humaine et uniquement sur algorithmes, cela peut en effet porter à réflexion.

Nous assistons à une mutation accélérée de nos sociétés qui se fait non sans douleur, mais qui crée aussi de nouveaux métiers et de nouvelles attitudes face au travail.
Comme le souligne Loic Le Meur dans l’émission de France 24 citée plus haut, il est aujourd’hui plus facile de créer son activité et que de trouver un emploi. Les jeunes l’ont déjà bien compris et un puissant mouvement d’entrepreneurs et de freelances est en marche. Loic Le Meur rejoint en cela l’analyse de Emmanuelle Duez sur la génération Z, qui n’attend plus grand chose de l’école et de l’entreprise et qui rêve souvent d’entreprendre, pour être autonome et proposer ses compétences et talents aux autres.